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En 1951, Amand Sonnet, 40 ans, charron-forgeron, ferme sa boutique à Céaucé dans l’Orne, et s’en va travailler aux usines Renault de Billancourt, alors en pleine expansion, où il est embauché à l’atelier 62, réputé pour être le secteur le plus pénible de l’entreprise. Il faudra cinq ans pour que sa famille le rejoigne et s’installe avec lui dans une cité toute neuve. Parmi ses enfants, Martine, née en 1955, aujourd’hui historienne, auteure de ce splendide récit consacré à une période et à un lieu de l’histoire ouvrière aujourd’hui révolus. Car c’est un monde disparu que Martine Sonnet reconstitue ici, aussi bien en tant qu’historienne que comme simple témoin : l’historienne, qui a épluché les archives (entre autres celles du journal de la CGT "Voix de l’Usine Renault" ou de "l’Echo des métallos Renault") dont elle cite des passages qui en disent long sur la pénibilité du travail, les revendications qui en découlaient (demandes de construction de douches, de primes de chaleur, de brodequins en remplacement des galoches, de retraite anticipée, etc) et les réponses de la direction. Ceci n’est pas du Zola : son objectif n’est pas de s’appitoyer sur le sort des ouvriers. Il s’agit ici de rendre hommage à des hommes humbles et fiers qui, loin de se plaindre, gardaient la tête haute, et ne manquaient ni de répondant ni d’humour dans leur lutte quotidienne pour améliorer leurs conditions de travail. Parallèlement, c’est une femme qui dresse le portrait sensible et minutieux d’un père aimé, et l’évolution de la vie ouvrière issue de l’exode rural. Par exemple, les vacances d’été à Céaucé où toute la famille se retrouvait dans la maison jamais vendue, à la porte de laquelle le père accrochait solennellement une pancarte avant de retourner à Billancourt : "Fermeture pour travail annuel du 1er septembre au 31 juillet". Amand Sonnet est décédé en 1986. Les usines Renault ont fermé en 1992. Florence LORRAIN Publié le 11 juin 2008
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