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Babylone 1900, excellent titre pour ce très beau récit de Jérôme Prieur consacré à l’exposition universelle de 1900 à Paris. Il est resté de cette exposition le Petit et le Grand Palais, le métropolitain, ainsi que des photos et les images du cinématographe : « Une centaine d’années plus tard, les images qui nous atteignent parviennent d’une autre planète. Seraient-ce les lambeaux d’un film de science-fiction ? » s’interroge Jérôme Prieur. Une question qui rend le lecteur bien rêveur. Un lecteur dont les yeux demeurent écarquillés tout au long de ces vingt-cinq pages, chacune révélant à quel point cette exposition fut créée sous le signe de la fascination de l’imaginaire. Jérôme Prieur mentionne qui’il aura fallu cinquante-neuf volumes pour en édifier le catalogue. De ce pouvoir d’imagination, demeure la vision émouvante de ces images dévoilant des trésors inouïs uniquement réalisés pour l’exposition, voués à la disparition. Et l’on se prend à regretter ce fameux trottoir roulant construit sur un pont suspendu à deux ou trois étages d’altitude, une boucle de trois kilomètres et demi reliant le Champ de Mars à l’esplanade des Invalides, avançant de trois à huit kilomètres/heure, et aussi ce village suisse à Grenelle, construit sur une montagne avec lac, cascade, sapins et vaches... On médite aussi avec nostalgie sur le rêve jamais réalisé d’Elisée Reclus : créer un gigantesque globe terrestre de deux cent mètres de hauteur... Quant à la Tour Eiffel, vestige de l’exposition de 1889, on frémit à l’idée que celle-ci a bien failli être transformée en cathédrale... Paris déguisé en décor de conte de fées, « 1900 est l’année magique qui voudrait, au tournant de deux siècles, échapper au Temps », et l’exposition devient la vitrine d’un monde parfait :« L’ordre et l’harmonie sont presque en train de régner, la fin de l’Histoire approche », un monde miniature, symbolisé par la Rue des nations, où il a fallu négocier chaque emplacement, chaque frontière, certains pays ne voulant pas se retrouver à côté de certains autres... Paris fut sens dessus dessous huit ans durant pour l’exposition, laquelle fut visitée par cinquante et un millions de personnes pour une durée de sept mois. Plus qu’une fête, elle représente une date qui comptera dans la vie de ces hommes, femmes, enfants, qui furent les témoins de cette splendeur. « J’aimerais tellement savoir les pensées qu’il y avait derrière ces fronts, comprendre l’inquiètude ou l’émerveillement qu’on lit dans ces yeux... » Qui sont-ils ? Que vont-ils devenir dans la bourrasque qu’ils sont bien loin d’imaginer : la Première Guerre mondiale ? « Tout est perdu, leurs baisers, leurs chagrins, leurs tragédies, leur mémoire »... sinon ces images, nous émouvant, lecteurs d’aujourd’hui, qui les « regardont tournoyer à l’aveugle, nous qui savont qu’ils dansent sur un volcan ». Mais tout de même, eux ont vu, vécu l’utopie dans un présent intemporel, une parenthèse. Trois reproductions de bois gravé de Félix Vallotton ( "Feu d’artifice", "le pont roulant", "la rue du Caire") illustrent à ravir ce texte qui, une fois lu, sera déposé précieusement dans la bibliothèque des livres dont on ne se séparera plus... De plus, le livre est beau à regarder, un bel objet, dira-t-on, imprimé à huit cent exemplaires numérotés. Florence LORRAIN Publié le 12 juillet 2008
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