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Ballets roses
Benoît DUTEURTRE

240 pages
Grasset
17 euros

Le nom d’André le Troquer n’évoquera pas grand chose pour grand monde ; de même cette affaire de "ballets roses" (expression inventée par un journaliste), « dissoute dans la poussière du temps », dont seuls les plus âgés se souviennent.

Né en 1884, d’origine modeste, avocat, défenseur magnifique de Léon Blum lors de son procès sous Vichy, résistant représentant les socialistes à Londres, puis à Alger auprès de de Gaulle, André le Troquer fut élu député du XIIème arrondissement de Paris et accéda à la présidence de l’Assemblée Nationale en 1954, ce jusqu’au retour de de Gaulle au pouvoir en 1958. En l’espace de deux ans, cet homme va passer du sommet de l’Etat aux bas-fonds des affaires de moeurs : une affaire qui va beaucoup occuper les journaux et plus mobiliser les chansonniers que les historiens – mais qui va avoir l’inconvénient d’éclater au moment où la Vème République se met en place et où André le Troquer est lui-même écarté de la vie politique par le raz-de-marée gaulliste. Une histoire un peu louche qui tient presque de la fiction tant ceux qui y ont participé semblent tout droit sortis d’un roman (une fausse comtesse, de faux espions...). Inculpé pour avoir participé à des partouzes, il fut condamné en 1961 en appel à un an avec sursis pour "excitation de mineures à la débauche". André le Troquer a toujours nié, criant au complot politique, lui qui s’était opposé au retour de de Gaulle.

Benoît Duteurtre ressort cette histoire des oubliettes (à laquelle il donne subtilement comme sous-titre Les dessous de mai 58), qu’il reconstitue brillamment et minutieusement, après avoir effectué une longue enquête dans le monde poussiéreux des archives de Paris et de la Préfecture de Paris.  

Florence LORRAIN

La collection "Ceci n’est pas un fait divers"

Publié le 13 juin 2009