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Courir dans les bois sans désemparer
Sylvie Aymard

111 pages
Maurice Nadeau
14 €

C’est l’histoire d’une femme – la narratrice – partie s’installer dans une maison, loin de sa vie et de celle des autres.« Je ne peux pas sauter sous un métro car j’habite à la campagne, dans un endroit isolé. (...) J’ai le droit de me nuire gravement sans déranger personne ». Forte de cette conviction, elle saura ne pas se perdre dans les bois.
Elle va écrire. Et raconter. Ce qui lui est arrivé. Face au papier, recroquevillée dans sa solitude, sa vie défile : « J’ai eu une enfance heureuse, quoique crispante, avec de temps en temps des pulsions assassines lors du cérémonial de la photo de famille. Une forte envie de pousser tout ce petit monde du haut d’une falaise du Cotentin ». Une enfance vécue à Paris, rue de Charonne, dans les années soixante, des études de sténodactylo, elle croise la route de monsieur Léon, un architecte snob, qui décide de la cultiver, de l’élever dans la société. Autant dire qu’ils ne sont pas vraiment faits l’un pour l’autre, et que la relation demeurera précaire.
Et puis voilà, un beau jour arrive, beau car ce jour-là elle rencontre le Grand Amour. Coup de foudre ! Et réciproque ! Le bonheur ! Puis, la mort, qui sape tout.
Nathan est mort, alors les autres aussi sont morts, elle ne veut plus voir personne. Elle couve son chagrin, et qu’on n’essaie pas de l’en arracher ! Et elle écrit. Pas pour faire pleurer. Elle ne s’appitoie pas, non, elle est de pierre, les yeux grands ouverts, secs. « Je ne suis pas malheureuse, dit-elle crânement, je récupère très vite. Un peu comme Scarlett O’Hara. »... On n’en dira pas plus...
On s’attache immédiatement à ce premier roman : la vivacité de l’écriture, le ton enlevé, juste ; c’est sincère, naturel, poignant, mais aussi plein d’humour. Et lorsqu’on referme ce livre, on se sent paradoxalement triste et souriant à l’intérieur de soi. Parce que le titre était prometteur et pas trompeur, parce qu’on est ému, touché, conquis. Parce que lire un roman comme celui-là, ça fait du bien.

Florence LORRAIN 

Publié le 2 août 2007