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De Grâce et de vérité
Jennifer JOHNSTON

traduit de l’anglais (Irlande) par Anne DAMOUR 218 pages
Belfond
18,50 €

Sally, enfant, a tout essayé pour obtenir des renseignements sur son père qu’elle n’a jamais connu. Sa mère a toujours refusé d’en parler. Sa mère et sa grand-mère sont mortes toutes les deux, seul demeure le grand-père, un Evêque qu’elle a très rarement eu l’occasion de voir : lorsque sa mère se rendait chez ses parents, Sally restait dans la voiture ; les visites étaient extrêmement courtes. L’évêque vit à présent retranché dans sa maison et ne veut surtout pas qu’on vienne fouiller dans le passé. Il est de fait le dernier survivant de la famille à connaître cette vérité à laquelle Sally n’a jamais eu accès : un noir secret qu’elle a porté malgré elle comme un fardeau et dont elle a tenté de se libérer en devenant actrice. L’achat de sa maison grâce à ses premiers succès et la rencontre avec Charlie, son mari, lui ont permis d’accéder à un certain équilibre.

Le roman débute alors que Sally est de retour chez elle à Goatstown en Irlande après une tournée européenne triomphale qui a duré plusieurs mois. Ses retrouvailles avec Charlie vont être de courte durée, celui-ci lui annonçant sans ambages sa décision de la quitter. C’est un coup de théâtre inattendu et si choquant que la blessure de l’enfance réapparaît, béante ; les souvenirs affluent, la poussant à aller sur un coup de tête chez son grand-père avec le besoin désespéré de faire connaissance avec lui et se sentir, enfin, reconnue...

Jennifer Johnston fait partie des figures majeures de la littérature irlandaise contemporaine, au même titre que John McGahern ou John Banville. Née à Dublin en 1930, elle commença à écrire à l’âge de trente-cinq ans. Son premier roman (Princes et capitaines, hélas épuisé) fut publié en 1972 et connut immédiatement un succès considérable. Influencée par les auteurs russes (Tchekhov, Tourgueniev) ainsi que par E.M. Forster et Jane Austen, elle a écrit plusieurs pièces de théâtre et une douzaine de romans (notamment le fameux Homme sur la plage,ed.du Serpent à Plumes), une oeuvre récompensée par de nombreux prix, traductions et adaptations au cinéma.

Son oeuvre entière est une variation sur le drame (un grand nombre de ses romans pourraient de fait être adaptés au théâtre, particulièrement De Grâce et de Vérité) et, à travers des portraits de femme saisissants, une exploration des ressources intérieures que l’on puise au plus profond de nous lorsque la vie n’est plus soudain qu’un coup dur. Il suffit de lire les premières pages, on retrouve d’emblée cet art d’envelopper ses lecteurs dans une atmosphère qui est propre. Sensible et subtile, elle allie gravité et légèreté avec la plus grande justesse. Généreuse avec ses personnages, elle ne les regarde pas se noyer, elle les accompagne dans leurs épreuves, la douceur de son regard et de son écriture les encourageant à extirper le dard de la douleur. Et c’est ainsi que la plupart des histoires contées par Jennifer Johnston s’achèvent avec des portes qui s’ouvrent...

Florence LORRAIN

 

Publié le 14 septembre 2007