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Comment le nombre d’habitants d’un village de 2500 âmes a-t-il pu doubler durant l’occupation en cachant des réfugiés traqués par les nazis et le régime de Vichy, sans qu’aucun ne soit inquiété par les polices française et allemande, ni, surtout, ne subisse aucune dénonciation ? Situé dans la Drôme provençale, Dieulefit fut un asile et un hâvre de paix pour des enfants de déportés juifs et politiques. Recueillis à Beauvallon, une école parallèle créée par deux femmes, Marguerite Soubeyran et Catherine Kraft, ils y reçurent un enseignement de très grande qualité. Parmi eux, Pierre Vidal-Naquet, qui y séjourna en 1943. Dieulefit ouvrit ses portes à des communistes, des intellectuels, des écrivains, des poètes, des musiciens, français ou allemands, parmi lesquels (pour ne citer qu’eux) Emmanuel Mounier, créateur de la revue "Esprit", ou Henri-Pierre Roché, qui y écrivit "Jules et Jim". En 1943, le village entier entrait activement dans la Résistance avec le réseau "Branly", mais dès 1940, une jeune employée municipale, Jeanne Barnier, avait commencé à établir des faux papiers. Elle en fera deux mille en quatre ans, portée, dira-t-elle plus tard, par un sentiment de justice et un goût de la révolte hérités selon elle de ses ancêtres huguenots. Refus de plier, obéir à sa conscience avant tout, tels étaient les principes calvinistes dans une région à majorité protestante dont les paroisses, nombreuses, étaient naturellement devenues les foyers d’une résistance spirituelle au totalitarisme. Nous ne supportions pas l’aliénation de nos libertés dans un régime qui n’était plus la République, ça n’a rien d’héroïque,dit l’un des anciens du village rencontrés par Anne Vallaeys. Rien d’héroïque... tous pensaient ainsi à Dieulefit, et aucun ne s’est vanté après guerre... Anne Vallaeys a lu les archives, enquêté. Guidée par les nombreux témoignages recueillis, elle reconstitue avec ce récit une histoire admirable et exemplaire qui laisse sans voix. Florence LORRAIN Publié le 11 juin 2008
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