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Fraternité
Marc Weitzmann


Denoël

« Implacable », écrit Pascal Bruckner à propos de Fraternité  : « Cest le seul mot qui convienne pour qualifier le dernier roman de Marc Weitzmann. Pas un gramme de kitsch, de bons sentiments, de tendresse mal placée, deux cent pages de courant négatif, de lucidité sans faille qui saisissent le lecteur et l’abandonnent K-O à la dernière page. »

Francis est biologiste et vit à New-York où il a fait carrière. En proie à une crise financière, psychologique et morale, il lui faut revenir en France pour régler diverses affaires. Il y restera quarante-huit heures, le temps de revoir son frère, avocat, qu’il a toujours méprisé, qu’il n’a pas vu depuis longtemps et qui vit dans la banlieue parisienne où tous deux ont grandi... le temps aussi de repenser à ceux avec qui il a vécu et qu’il a fuis quelques années auparavant : ses parents, communistes, l’oncle Shiva, capitaliste et corrompu, qui lui servit de modèle, et d’anciennes connaissances. Submergé par le dégoût de ce qu’il revoit et de ce qui lui revient en mémoire, il se retrouve confronté à lui-même, avec les questions qui l’ont taraudé tout au long de sa vie, auxquelles il croyait avoir trouvé une réponse.

A la fois pétri d’orgueil et sans indulgence pour lui-même (« la vie est cette disparition progressive des possibilités d’échapper à ce qu’on est »), habité par la haine de ce qu’il a quitté, sa fureur intérieure s’exprime par le biais d’un monologue au sein du récit de ces quarante-huit heures passées en France, où alternent la première et la troisième personnes de façon virtuose : « Il faut dire d’abord la performance littéraire que représente ce long monologue introspectif, par lequel le narrateur ressasse, rumine, dégorge, vomit une logorrhée amère, son malaise atrabilaire : (...) un antihéros qui règle ses comptes avec sa famille, ses parents, ses compagnes, avec le monde, la France contemporaine, les Juifs et les Arabes, avec lui-même, ses illusions perdues. (...) Inconfortable, dérangeant, voire déplaisant »... C’est un livre qui nous pousse presque à l’abandonner, et on manque de le faire une, deux, trois fois, et pourtant on continue à le lire, ce qui ne signifie pas pour autant qu’on se force ! On est retenu par quelque chose de plus fort, qu’on n’identifie pas clairement et qu’on appelle "littérature" une fois la lecture achevée.

Né en 1959, Marc Weitzmann a exercé plusieurs métiers : magasinier, aide-soignant, menuisier, employé à la sécu., O.S. sur des chantiers. Il a été responsable de la rubrique littéraire puis reporter littéraire aux "Inrockuptibles", chroniqueur à l’émission "Campus", puis a tout abandonné pour l’écriture. A ce jour, il a écrit six livres : Enquête (Actes Sud, 1996), Chaos (Grasset, 1997), Mariage mixte (Stock, 2000), Livre de guerre (stock, 2002) et Une place dans le monde (Stock, 2004).

Extrait d’un texte de présentation du roman écrit par Marc Weitzmann :

« En janvier 2004, je me suis trouvé pour la première fois sans sujet de livre. Mon précédent roman, qui venait de sortir, me semblait concentrer en quelque cinq cents pages non seulement l’essentiel des thèmes qui m’intéressaient mais aussi tout ce que j’avais à en dire, et tout ce qui me plaisait dans le fait d’écrire des livres. A l’époque, mes parents habitaient encore Bobigny, où ils avaient emménagé un quart de siècle auparavant, après que mon père se fût retrouvé au chômage, et, depuis un quart de siècle, chaque fois que je me rendais chez eux le week-end pour y déjeuner, j’en ressortais parfaitement effondré, dévoré par la tristesse des lieux, la misère brutale et sans espoir qui me semblait s’en dégager – et révolté par une rhétorique de gauche plaquée sur tout cela qui ne faisait dans mon esprit qu’aggraver les choses. C’est en constatant mon propre état d’esprit que j’ai commencé à me dire qu’il y avait là peut-être matière à un roman – justement parce que c’était la dernière chose dont j’avais envie de parler. (...) J’avais commencé à écrire quand deux choses se sont produites : mon père a été victime d’une attaque cérébrale qui s’est révélée fatale ; des émeutes ont éclaté en banlieue. La mort, la défaite, la violence sont venues nourrir un roman qui dès le départ s’annonçait brutal ».

Florence LORRAIN 

 

Publié le 25 octobre 2006