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« S’il fait chaud, certains pensionnaires se tiennent une partie de l’après-midi dehors. Les chaises du jardin sont disposées de-ci de-là. Il y a aussi ceux qui arrivent dans leur fauteuil roulant. Le tableau ne manque pas d’effet : le jardin se pare de statues à peine en vie et il n’est pas rare qu’un oiseau vienne se poser sur la tete, un bras ou une jambe de tel ou tel vieux, et qu’il reste là aussi longtemps qu’il le souhaite, en pleine quiétude. » Le narrateur de ce roman est un vieil homme, vivant dans une résidence hospitalière pour personnes âgées. C’est là qu’il a rencontré Lucie, une infirmière extravagante rebaptisée tendrement "Lucie-Lucifer" qui l’aide à vivre une fin de vie digne et humble avec le pouvoir entre ses mains de l’achever quand il se sentira pret. C’est la même Lucie qui, jamais à cours d’idées généreuses, lui a proposé de parler dans un magnétophone... Chaque matin, Lucie écoute, « il y a maintenant quatre mini-cassettes de soixante minutes pleines de ma voix et de mes quinze ans ». Car il a choisi de parler de son adolescence, période capitale dans sa vie où survint la mort, lente et douloureuse de son père, et la naissance de l’amour, avec Charlotte, qui l’initia au plaisir d’aimer et à l’amour de la vie ( « Parfois, je me retrouve seul avec Charlotte dans l’ascenseur. Et l’ascenseur cesse aussitôt d’être un ascenseur. Il se transforme en une chambre parée d’arabesques et de tissus satinés, un lieu hors du monde où je pourrais détenir Charlotte prisonnière si j’osais la poursuivre de mon affection. Par quel miracle cela se produit-il, je ne peux le dire, mais dès que l’ascenseur se met en marche, nous nous effleurons : un seul frôlement, à peine perceptible, et tout mon corps bat. »). Initiation, transmission, de l’amour à la mort, du premier amour au dernier, ainsi va ce roman sensible et attachant. Attachant également pour ses personnages multiples autour desquels gravite le narrateur. Pour n’en citer qu’un, Raton, qui habite le même immeuble. Il est bon que personne ne nous voie est le septième roman de Michel Layaz, écrivain suisse. La plupart sont édités par Zoé, maison d’édition sise à Genève, dont Les larmes de ma mère, plusieurs fois primé. Florence LORRAIN Publié le 9 octobre 2006
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