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Il faut qu’on parle de Kevin
Lionel Shriver

traduit de l’américain par Françoise Cartano 486 pages
Belfond
22 €

« Voici tout ce que je sais. Que le 11 avril 1983, un fils m’est né, et que je n’ai rien ressenti. (...) En même temps que ce nourrisson se tortillait sur mon sein qu’il repoussait avec un total dégoût, je l’ai rejeté en retour – il faisait peut-être un quinzième de ma taille, mais à l’époque, j’ai trouvé cela équitable. Depuis cet instant, nous nous sommes combattus avec une férocité sans faille que je pourrais presque admirer. »

Que reste-t-il quand son propre enfant a commis l’irréparable. En l’occurence dans ce livre, il s’agit d’un massacre : neuf morts, neuf personnes tuées de sang froid par un adolescent. Le diagnostic des thérapeuthes sera "déficit d’empathie". Trop simple, trop rapide pour Eva, qui va reconstituer par écrit, sous la forme de lettres adressées à son mari les seize ans de vie passés auprès de ce fils. Parallèlement, elle s’obstine à rendre visite à Kevin tous les quinze jours dans le centre de détention pour mineurs où il est incarcéré.

Basé sur une des multiples tueries qui ont eu lieu dans des collèges et lycées américains, c’est un roman sur la responsabilité parentale : jusqu’où un parent est-il responsable des erreurs ou actes graves de son enfant ? Eva elle-même, après le massacre, va être accusée de négligence familiale lors d’un procès au civil. Bien que dégagée de toute responsabilité par le tribunal, sa volonté de comprendre la pousse à se constituer coupable à ses yeux, comme s’il s’agissait de trouver du sens à cet acte effroyable, une tentative en fait de répondre à la question du "pourquoi" qui taraude tout le monde.

La fin, bouleversante, en fait un livre marquant auquel on repense longtemps après l’avoir achevé.

Rejeté par de nombreux éditeurs, puis porté par le bouche à oreille, ce livre a fini par remporter l’Orange Prize 2005 avant d’être traduit en onze langues.

Florence LORRAIN

Publié le 14 décembre 2006