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La fiancée prussienne et autres nouvelles
Iouri BOUÏDA

traduit du russe par Sophie BENECH 290 pages
Editions GALLIMARD collection « Monde Entier »
21 €

Iouri BOUÏDA est né en 1954 de parents russes dans la région de Kaliningrad. Un jour, j’ai appris que ma ville natale s’appelait autrefois non pas Znamensk mais Welhau. Des Allemands vivaient ici. C’était la Prusse Orientale. Welhau avait été fondée au XIIIème Siècle dans cette région de Kaliningrad -ex Königsberg, la ville de Kant- ravagée et annexée par l’URSS en 1945. Une terre dont la mémoire avait été brusquement effacée par la déportation des Allemands, remplacés par des Russes eux-mêmes déplacés ; une terre dont il ne restait que débris et fantômes. Enfant, Bouïda eut besoin de comprendre ; il questionna et écouta les habitants les plus âgés : les Russes ne savaient pas où se trouvaient les Allemands, dont le sort faisait l’objet d’histoires...vraies ou non, on ne sait pas : c’était une petite ville où il y avait beaucoup de secrets, donc beaucoup de légendes. De même, on ne sait si celles contées par Bouïda sont vraies ou non, mais qu’importe ! Ce sont des bribes de vérité, enrichies par son imagination, chaque nouvelle contant l’histoire d’un personnage ou d’une famille, chacune renvoyant aux autres par le biais de personnages récurrents, le tout fixant le tableau de ce lieu où le mythe d’un passé glorieux contraste avec la vie quotidienne des nouveaux habitants. On y croise ainsi une multitude de personnages, de Rita-Schmidt-n’importe Qui (nouvelle centrale de ce recueil) traçant la destinée d’une enfant allemande abandonnée à deux soeurs russes qui la traîtent comme une boniche fasciste, à Tonia et Micha qui, le jour de leur mariage, décident de rester des êtres humains et réserveront une heure par jour aux rivières, aux arbres et aux étoiles... Aguéev a dit de Bouïda qu’il était l’alliage explosif d’un être rationnel et d’un être romanesque. Une définition qui correspond exactement à ce que l’on ressent à la lecture de ces nouvelles, d’une beauté à couper le souffle, que Bouîda portait en lui depuis l’enfance et qui furent publiées dans des revues à partir de 1991.

Florence LORRAIN

Publié le 12 octobre 2005