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La fin des paysages
Luc Lang

440 pages
Stock-collection FOLIO
7,40 €

L’histoire commence fin des années quatre-vingt dans le port de Liverpool, avec un accident. Liverpool, la ville ouvrière dont on veut changer la nature en la transformant en ville touristique, et se débarrasser, en ces temps de thatchérisme, de ses dockers. Nous sommes à quatre mois de l’ouverture de la nouvelle "Tate Gallery" de Liverpool, "un espace culturel voulu comme un emplâtre sur une plaie sociale ouverte qu’on néglige de traiter". La tate Gallery sera inaugurée par une grande exposition, "Un siècle d’africanisme 1850-1950", qui sera ensuite accueillie à Berlin, Marseille, Barcelone et Tokyo, avec un catalogue qui sera publié en quatre langues.

Le cargo "Port harcourt" entre dans le port et s’amarre à Trafalgar Square Dock, derrière la zone de l’ancien port, la seule à possèder encore de vastes magasins de plusieurs étages encore en activité. Soudain, des cables cèdent lors du déchargement de quatre caisses contenant des objets d’art africains, tous prêtés par des pays africains membres du Commonwealth, des oeuvres assurées pour un million de livres sterling. Deux des caisses vont tomber à l’eau tandis que les deux autres s’écrasent sur le quai, l’une d’elles contenant quatre oeuvres majeures, des masques africains... qui vont se volatiliser : un docker est tué, un homme profite de la confusion générale pour s’emparer de ces masques et disparaît dans la foule.

Cette exposition menée par le commissaire général sir Abel Manson est la plus prestigieuse de sa carrière. Il a manifesté élan, passion et acharnement pour mener à bien le projet. Il est évident que cet accident et la disparition des masques constituent un mystère et un sérieux écueil dans la réussite du projet.

Trois semaines plus tard, Abel Manson trouve la mort dans le port. Le rapport de police concluera provisoirement sur une mort en état d’ivresse.

Le roman commence au moment où Jeffrey Finlay – le narrateur – est nommé officieusement pour remplacer Abel. Un an auparavant, Jeffrey exhumait des archives, établissait une documentation fouillée sur l’archéologie des transports du « Merseyside County Museum », passionné pour les machines à vapeur. Un jour Abel Manson lui a proposé de devenir son assistant à l’issue de sa vacation. Bien qu’attendant une réponse positive à sa candidature au poste de conservateur du « Science & Industry museum » de Birmingham, Jeffrey accepte de remplacer Abel, mu par des soupçons concernant la mort de ce dernier. Il va mener son enquête seul à la fois sur les circonstances de cette mort et sur l’accident du « Port Harcourt ». Ce qui donne à ce livre un côté roman policier.

Liverpool, l’art africain, les relations Nord-Sud, la gemellité, l’alcoolisme, la musique, Luc Lang évoque tout cela à travers un drame familial. Construit comme un puzzle dans un style narratif remarquablement maîtrisé, le texte entier est lié par points de suspension, les dialogues étant inclus dans le récit même. C’est un grand roman noir et lumineux, qui a la particularité d’être la réécriture d’un autre livre, paru aux éditions Gallimard en 1991, sous le titre Liverpool marée haute, qui avait reçu par ailleurs le prix du livre de Picardie. Une démarche originale que Luc Lang présente comme un "remake" – et non un autoplagiat – : « Pour moi la réécriture est une vraie question littéraire », explique-t-il lorsqu’on lui pose la question du pourquoi : « Reprendre le même motif à des années d’intervalle est une pratique artistique très courante. Rembrandt et ses autoportraits, Robert Ryman et ses monochromes, les photographes aussi : on évalue les écarts du monde, la technique photographique n’est plus la même, le regard du photographe non plus. Pour moi, c’est pareil. »

Luc Lang a conservé du premier livre le thème de l’intrigue, les mêmes noms, l’exergue, les dédicaces. Mais ce second livre contient, dit-il, un potentiel qu’il n’avait pas eu la force de développer à l’époque , épuisé par les trois ans et demi que le livre lui avait demandé.

Quinze ans ont passé entre les deux : « Réécrire Liverpool marée haute répond tout d’abord à un sentiment d’inachevé, même si en le relisant j’ai bien vu qu’il tenait tout seul. Mais il m’a surtout permis de mesurer combien en quinze ans je n’étais plus le même écrivain : libertés nouvelles avec la syntaxe, la grammaire, il n’y a plus que des flux, ça va très vite. J’ai abandonné le passé, temps classique de la narration, les pronoms personnels disparaissent. L’histoire est d’une part déjà inventée. D’autre part, beaucoup de choses ont basculé dans ma vie. »

C’est ce qui va enrichir le roman : d’une part la naissance de deux jumeaux qui contribue à faire de la gémellité le coeur même de La Fin des paysages, d’autre part l’Afrique, grande absente de Liverpool marée haute, qui devient un personnage à part entière dans La fin des paysages  : l’Afrique, après de nombreux voyages faisant à présent partie de sa vie.

« Une réécriture aussi magistrale qu’aboutie » écrit Jean-Philippe Catinchi (dans "Le Monde" du 22 septembre). Le mot "magistral" n’est pas trop fort pour qualifier ce roman.

Luc Lang enseigne l’esthétique à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Cergy-Pontoise depuis plus de dix ans. La fin des paysages est son septième livre. Il a obtenu le prix Goncourt des lycéens pour Mille six cent ventres en 1998. 

Florence LORRAIN 

Publié le 13 février 2008