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« J’ai toujours eu peur de ce moment là. Je me l’étais raconté, surtout les dernières années, tant de fois à l’avance comme pour l’apprivoiser. Aujourd’hui, je dis à ceux qui peuvent l’entendre : avant, ça ne sert à rien. C’est juste de la peine perdue. » On lit ces mots sur la quatrième de couverture, rédigée par l’auteur lui-même. Des mots qui peuvent provoquer une première sensation d’angoisse, un réflexe de refus, de rejet, par peur de souffrir. Réaction en somme bien naturelle et compréhensible. La perte, le deuil d’une mère n’est pas un sujet divertissant, il nous renvoie à notre condition de mortel , à notre solitude, à celle des autres, et surtout à l’appréhension de la disparition de ceux qu’on aime. C’est le titre, peut-être, simple, calme, posé, qui nous encourage à ouvrir le livre. Et la douceur du ton qui nous touche, dès le début de la lecture : l’auteur est dans un train, sa fille Marie (à laquelle est dédié le livre) l’attend à l’arrivée. Sa mère est au bout de son chemin. Il vient pour l’accompagner, échanger d’ultimes et précieux regards et caresses. Humilité, sensibilité et tendresse vont nourrir ce récit au point d’en faire un livre d’apaisement, le rendant étonnamment léger lorsque l’auteur se réveille brusquement après avoir rêvé que sa mère lui criait « sauve toi ! », le lendemain du décès : c’est l’aube, il regarde par la fenêtre un couple de bouvreuils gazouillant dans un arbre puis : « ils se sont envolés. C’est cette première journée sans toi que tu éclaires. Merci d’avoir envoyé ces petits messages. » La mort de ma mère, c’ est aussi l’histoire de sa mère, qu’il raconte, par bribes, suivant le flot de souvenirs qui remontent, tandis qu’il est près d’elle à l’hôpital, leurs mains serrées : une histoire romanesque où se mêlent amour et lointains... Après une enfance à Roubaix où elle vit jusqu’à l’âge de vint-six ans, elle quitte sur un coup de tête son poste d’enseignante, s’engage et part en Indochine en 1946. C’est là qu’elle rencontre un officier, marié, qui sera son grand, immense et unique amour, et qu’elle suivra tout au long de ses affectations (Tunis, Fort de France...) Puis, le retour en France. Lui retournant dans son foyer (il la retrouvera des années après, lorsque sa femme sera morte), elle à Roubaix, dans cette famille à laquelle Xavier Houssin a consacré un livre émouvant il y a quelques années : 16 rue d’Avelghen (un récit intimiste et dépouillé où il renaît des ruines de sa maison d’enfance). « Tu avais bien compris qu’il ne te choisirait pas . Et qu’on partait longtemps, sans lui, pour une vie ensemble. » lui dit son fils, le fruit de ce grand amour qui a grandi seul avec elle. Et ce fils d’évoquer leur vie à deux : leurs virées à Paris chaque jeudi (les grands magasins, les musées), leurs excursions et vagabondages le dimanche avec la 4L récemment acquise, les vacances d’été dans la campagne anglaise. Et le souci de sa mère, toujours de lui apprendre à regarder la nature, le ciel, pour toujours mieux s’en imprégner. « Je suis tout près, Maman... On est comme au début. En inversant les rôles. Ceux des premiers moments de notre vie à deux . Toute seule avec moi. Tu m’avais mis au monde . » Ce livre est peut-être un cadeau : le cadeau d’un fils à celle qui lui a donné la vie. Après le chagrin, l’écriture consolante, cicatrisante . Ecriture de ce livre qui n’aura pas été peine perdue : on sort de cette lecture ému et grave, mais aussi empli de douceurs et de remerciement. Florence LORRAIN Publié le 26 mars 2009
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