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chez Atout-Livre
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Voici un peu plus de dix ans, naissait au Seuil cette collection "La plus belle histoire", créée par Dominique Simonnet, avec le fantastique La plus belle histoire du monde - l’origine de la vie : une collection reposant sur le principe du dialogue entre un(e) journaliste et des chercheurs spécialisés dans un domaine particulier (scientifiques, philosophiques...) par le biais de questions simples, parfois volontairement naïves, toujours pertinentes. Une collection accessible à tous, où l’on puise de précieux enseignements, qui aiguise la curiosité et grâce à laquelle, en apprenant à mieux connaître notre monde, on apprend à y vivre mieux. Le huitième volume, passionnant voire stupéfiant, est consacré au langage : pourquoi le langage est-il le propre de l’Homme ? Quand, pourquoi et comment est-il né ? Que sait-on des langues parlées de nos ancêtres ? Les langues descendent-elles d’une langue-mère ? Existe-t-il des gènes du langage ? Comment les nouveaux-nés reconnaissent-ils leur langue maternelle ? Pourquoi peuvent-ils apprendre naturellement plusieurs langues simultanément ?... Pascal Picq (paléo-anthropologue), Laurent Sagart (linguiste et spécialiste mondial de l’évolution des langues) et Ghislaine Dehaene (pédiatre, spécialiste de l’étude du langage chez les bébés) vont répondre clairement aux questions de Cécile Lestienne, reconstituant l’histoire du langage, depuis la nuit des temps jusqu’à ces vingt dernières années durant lesquelles les progrès de l’imagerie médicale ont permis de voir le fonctionnement et l’évolution du cerveau des bébés en direct... « Par le langage, par l’acte de dire, l’homme peut créer », conclut Pascal Picq après avoir expliqué, comme on raconte une histoire, comment, voici deux millions d’années, Homo Ergaster, pour pouvoir courir debout, a vu sa cage thoracique s’élargir, ce qui eut pour conséquence la descente du larynx, permettant ainsi à l’homme de moduler les sons. Et puis, il y eut le feu, ouvrant aux hommes le monde de la nuit : « Un monde propice à l’imaginaire, à l’émerveillement, à la crainte aussi. On peut les imaginer, le soir à la veillée, à la lueur des flammes qui projettent d’étranges ombres sur les parois, se racontant des histoires, commençant à inventer la condition humaine. » De la condition à la nature humaine...A une époque où le langage est fortement malmené, ce livre revêt une importance capitale, car en racontant l’histoire de l’évolution des langues, Laurent Sagart démontre que les langues ont été créées pour communiquer avec les autres et vivre en paix. Ainsi, l’homme, incapable d’organiser sa pensée avec des mots et des phrases et de s’exprimer, en viendra aux mains, ou bien deviendra la proie de manipulateurs qui, eux, maîtrisent le langage et savent parfaitement détourner le sens de l’Histoire à leur profit par le biais d’une parole dangereuse pour l’Humanité. (On peut se référer à un autre livre, Mauvaise Langue, d’une professeure de français, Cécile Ladjali, en citant les propos suivants : « Celui qui ne maîtrise pas le langage, complexé et vindicatif face à une société qui ne lui a pas accordé ses chances, va tenter, bon gré mal gré, de se forger une identité respectable à travers l’utilisation d’un contre-langage. L’individu qui agit ainsi brandira la violence, le non-sens et le galimatias tel un étendard. Laguerre des mondes aujourd’hui est sans doute une guerre des mots. »(*) Alors que l’on parle de restructurer l’école maternelle, la troisième partie du livre, consacrée aux quatre premières années de la vie de l’enfant en fonction de l’évolution du cerveau (ces quatre années étant capitales pour l’apprentissage de la langue), permet de comprendre mieux les enjeux linguistiques et, à long terme, sociaux, économiques et politiques de cette restructuration nécessaire, et pourquoi la question de l’apprentissage de la langue (voire de plusieurs langues) est la condition sine qua non pour endiguer à l’avenir cette préoccupante insécurité linguistique qui mène à l’appauvrissement de l’Humanité, ne peut que mener au triomphe de la barbarie. (*) : Cécile Ladjali : "Mauvaise Langue", Seuil, 2007, prix fémina de l’essai pour la défense de la langue française. Florence LORRAIN Publié le 12 juillet 2008
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