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Le fil d’une vie
Goliarda SAPIENZA

256 pages traduit de l’italien par Nathalie Castagné
Viviane Hamy
22 €

Il faut (à mon humble avis) avoir lu L’Art de la Joie et avoir été envouté par sa sublime Modesta pour plonger dans ces pages. Vous qui avez été soufflés par ce roman, vous allez passer d’un bouleversement à un autre, c’est-à-dire de Modesta à Goliarda : une Goliarda Sapienza qui se met à nu, entre deux suicides ratés au début des années soixante. C’est l’époque où elle abandonne cinéma et théâtre pour se consacrer à l’écriture et commencer un cycle autobiographique, dont Le Fil d’une vie est issu.
L’art de la Joie est un roman total, celui d’une vie. Ici, c’est précisément celle de Goliarda qui se forge – ou plutôt se reconstitue dans l’écriture, tout d’abord avec sa Lettre ouverte, destinée à nous, futurs lecteurs, puis Le fil de midi, récit de sa psychanalyse, pour le moins atypique. On lit ce livre envahi par la sensation troublante d’assister à la naissance même de Modesta.
L’essentiel de ce que sera plus tard L’Art de la joie est déjà là : cette manière de passer d’une époque à une autre, sans se soucier aucunement des règles de l’autobiographie, au-delà déjà de toute contrainte stylistique, ce dire si singulier, et des phrases, des passages, d’une beauté renversante. Il est évident que nous sommes bien, déjà, dans le pays de la littérature. Et l’on a l’impression que Goliarda Sapienza est toujours là, parmi nous. Comment une telle voix a-t-elle pu s’éteindre ?

Florence LORRAIN

Publié le 7 mars 2008