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Le musée des poissons morts
Charles d’Ambrosio

traduit de l’ anglais (Etats-Unis) par France Camus-Pichon, 300 pages
Albin Michel
19,50 €

Charles d’ Ambrosio avait déjà fortement secoué le monde de la littérature contemporaine il y a de cela sept ans, avec un recueil de nouvelles noir, dérangeant, mais empreint d’un style si élégant qu’ il faisait déjà partie des grandes figures du récit concis. Prémices annonciateurs du réel génie du Musée des poissons morts, les nouvelles du Cap (Nrf Gallimard) ne laissèrent aucun lecteur intact.
Cette nouvelle oeuvre, si juste et imposante qu’elle suscita le ralliement unanime des critiques internationaux les plus sévères, démontre une nouvelle fois le talent rare que possède cet écrivain, celui de réussir à concilier par la beauté de sa narration et la justesse de ses observations les facettes les plus odieuses de notre monde avec la grâce infinie de l’être humain.
Brillant portraitiste, ses personnages, si désorientés, si désespérés, si mauvais qu’ils puissent sembler, restent infiniment tendres et subtils.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’analyse de d’Ambrosio est sans appel. La vie est particulièrement rude et triste dans cette Amérique de la folie ordinaire, de la banalité dévastatrice...
La description minutieuse de cette morosité ambiante rappelle le propos d’un autre jeune ovni de la littérature américaine, lui-même également originaire de Seattle, Matthew McIntosh, qui avait fait très forte impression à votre serviteur avec Well, paru en 2004 au Seuil
C’est ainsi que le lecteur est invité au gré des récits à explorer les rapports particulièrement durs d’un père, réparateur de machines à écrire d’un autre âge, lui même enfermé dans un monde quasi irréel et suranné, et de son fils, schizophrène et absent, ou encore d’un ancien scénariste à succès, qui, suite à une dépression, s’enfonce lentement dans le monde effrayant de l’hôpital psychiatrique, au gré d’une histoire d’amour sous euphorisants avec une ancienne danseuse vivant dans le refus de son corps...
Une fois de plus, le ton est toujours juste et nuancé, sans nulle sorte de commune compassion, sans jouer non plus sur la veine sordide des situations évoquées. Mais ce qu’il faut surtout retenir de ce nouvelliste sans égal reste sans nul doute sa capacité à dégager l’évidente beauté de l’espèce humaine.

Laissons Jim Harrison conclure : « Un extraordinaire écrivain que doivent absolument découvrir tous ceux qui portent un intérêt sérieux à la littérature ».

David REY

Publié le 14 juin 2007