Le roman que je n’ai pas écrit - Mémoires d’Israël
Linda GRANT
traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Sylvie Finkelstein
269 pages
Intervalles
19 €
Linda Grant est romancière et journaliste. Née en 1951 à Liverpool de parents juifs issus d’Europe de l’Est, elle opta, adolescente, pour l’antisionisme, en réaction à un père autoritaire pour qui Israël représentait avant tout la fierté d’un drapeau, antidote à l’humiliation.Une position qui prit fin subitement en 1982 lors d’une manifestation contre l’invasion du Liban par Israël où elle vit une banderole sur laquelle une croix gammée était assimilée à l’ étoile de david. Elle ne se préoccupa plus, dès lors, ni d’anti ni de pro-sionisme, ne voulant plus rien savoir d’Israël.
Jusqu’à ce que, dix ans après la mort de son père, sa mère perde peu à peu la mémoire, emportant avec elle l’histoire de la famille, donc la sienne, et la pousse, en se tournant vers Israël, à tenter de trouver une réponse, à la fois personnelle et collective, à la question : "Qu’est-ce qu’un Juif ?". C’est dans ce nouvel état d’esprit qu’elle part couvrir le Cinquantième anniversaire de la création d’Israël pour The Guardian en 1998, et prend conscience de la complexité de ce pays. Elle va y retourner à plusieurs reprises, en vue d’écrire un roman... qu’elle n’a finalement pas écrit, ou plutôt qui est devenu le récit d’une plongée déroutante, drôle et dramatique, au coeur de la société israélienne, peignant la situation inextricable du peuple israélien au-delà de toute vision basée sur les « -ismes » et les « -ologies ». Un récit basé sur les rencontres multiples qu’elle a faites, dont celle, capitale, avec Aharon Appelfeld : « Aharon m’a dit quelque chose, et c’est une habitude que j’ai essayé d’adopter depuis : quand quelqu’un parle avec beaucoup de passion, de colère ou d’intensité, il faut prêter attention non au sujet, mais à l’émotion qui se profile derrière les mots. Si j’y arrivais, l’interminable et insoluble débat sur les raisons et les torts du conflit israélo-palestinien, en fonction de celui avec lequel je parle, retomberait, et j’en viendrais à comprendre une vérité différente, qui me forcerait à voir ce qui compte pour lui, et pourquoi ».
Le livre entier tourne de fait autour de cette pensée, faisant de ces Mémoires d’Israël le roman de l’empathie.
Linda Grant a reçu pour ce livre le premier prix "Lettre Ulysses Award" 2006 en Angleterre pour l’art du reportage littéraire.
Florence LORRAIN
Publié le 2 août 2007