Le sens de la famille
A.M. HOMES
Broché
19.80 Euros
Actes Sud
A.M. Homes avait toujours su qu’elle avait été adoptée. Enfant, elle avait questionné sa mère, mais n’avait jamais entrepris de recherches sur ses origines. Alors qu’elle avait trente-deux ans et commençait à être reconnue pour son talent de romancière, ses parents biologiques firent brusquement irruption dans sa vie. Ce fut un véritable séisme identitaire : elle se retrouva sans protection aucune et en proie à une confusion totale face à ces deux personnes qui semblaient reprendre, à travers elle, leur propre histoire là où elle s’était arrêtée, c’est-à-dire à sa naissance ; ce, tout en l’excluant et en la maintenant dans l’ignorance de ce qu’ils savaient l’un sur l’autre.
Confrontée au sens même de sa propre histoire, A.M. Homes se tourna vers la généalogie six ans plus tard, après la mort de sa mère biologique. Si elle ressentit pour sa famille biologique une sorte de ronronnement de l’identification, son sentiment d’appartenance à sa famille adoptive se renforça : elle avait grandi dans le cadre d’un récit, lequel était devenu le sien du point de vue social et culturel. Peu à peu, la question de la parenté devint un détail technique secondaire : reconstituer l’histoire de quatre familles sur seize générations fut pour elle le moyen de recadrer ses parents biologiques, devenus, au même titre qu’elle, un simple chaînon contribuant à l’élaboration d’une histoire plus vaste que la leur : celle du roman familial. Car A.M. Homes fut trés vite attirée et enchantée par l’histoire de ces personnes qu’elle n’avait jamais connues et dont elle reconstitua le destin.
A.M. Homes laissa passer plusieurs années avant d’écrire ce livre : ce fut suite à un article sur son histoire pour le "New Yorker", qui exigeait des sources sûres pour le publier. Or, A.M. Homes refusait de leur donner le nom et les coordonnées de son père biologique, par souci de protèger cet homme déjà marié à sa naissance, père de famille, avec lequel elle n’avait alors plus aucun contact. Un homme, dont le comportement avait pourtant été méprisable, vis-à-vis d’elle, mais surtout vis-à-vis de sa mère biologique. Le protèger de quoi, alors qu’il avait brisé la vie de cette mère ? On peut dés lors penser qu’il s’agit ici d’un livre écrit en mémoire, pour la mémoire de cette femme décédée dans une grande solitude. Un hommage.
Ce livre est une parenthèse dans l’oeuvre d’A.M. Homes, laquelle a toujours privilégié la pure fiction à tout écrit autobiographique. Il n’en demeure pas moins un livre à replacer au coeur même de son oeuvre. Du reste, ce récit se lit comme un roman familial : l’écrivain est bel et bien présent tout au long, réécrivant son histoire en la structurant comme elle l’entend, ce qui donne à ce texte une dimension littéraire d’une qualité tout aussi égale que l’excellent roman avec lequel on l’a découverte en France : Ce livre va vous sauver la vie.
Florence Lorrain
Publié le 25 janvier 2010