Le temps matériel
Giorgio Vasta
Traduit de l’italien par Vincent Raynaud, 358 pages
Gallimard
21,50 euros
Un premier roman brillamment réussi pour Giorgio Vasta, qui s’attaque à une vaste réflexion au sujet de la lutte et de l’idéologie, du langage et de la déshumanisation.
Le lieu ? Palerme, en 1978, ville aride, dialectale, effrayante.
Les acteurs ? Trois enfants, « hors du commun », fascinés par la rhétorique et les actions des Brigades Rouges.
Les circonstances ? Dans l’Italie ravagée des années de plomb, Aldo Moro vient d’être abattu.
Tout commence par la prise de conscience virtuose de trois gamins de 11 ans, sacrément futés, de la syntaxe militante des Brigades Rouges.
Dans de longues réunions, ils décomposent ce langage, base de l’idéologie Brigadiste, l’analysent, se l’approprient, et inventent même leur langue, l’alphamuet, séquence basique mais volontairement épurée de geste cois.
Ces trois protagonistes, drapés de leurs noms de guerre, créent une cellule combattante, dont les actions, somme toute enfantines initialement, montent en puissance et en violence.
Jusqu’où l’aveuglement idéologique poussera-t-il ces enfants monstrueux d’une Italie vacillante ?
Giorgio Vasta réussit un véritable tour de force littéraire, traitant de l’Histoire et de la notion d’être humain avec une élégance suffisamment rare pour la mettre en exergue.
David Rey
Publié le 18 septembre 2010