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Après nous avoir fait traverser le XXème siècle , avec Trois fermiers s’en vont au bal, en tourbillonnant autour d’une photo au rythme étourdissant d’une valse à trois temps, Richard Powers, avec Le temps où nous chantions, nous fait arpenter la seconde moitié du siècle au rythme d’un blues poignant et bouleversant, sur la destinée d’une famille aux Etats-Unis. Washington, 1939. Alors que les lois antijuives se propagent en Europe, la ségrégation contre les Noirs sévit en Amérique du Nord. Ce qui va donc avoir lieu tient de l’événement : pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, Noirs et Blancs se retrouvent unis par dizaines de milliers, tous venus écouter chanter Marian Anderson — un véritable moment de grâce, au cours duquel David Strom, physicien juif allemand, rencontre Delia Daley, jeune étudiante noire américaine. Le temps pour eux va s’arrêter à cette journée illuminée par la tolérance : ils ne se quitteront plus. Trois enfants vont naître, qu’ils décident d’éduquer eux mêmes, au delà de l’idée de race, dans le culte absolu de la musique, de l’art, de la science et de l’amour universel — formant ainsi au fil des ans, en plus d’une famille, une chorale, union harmonieuse parfait de cinq voix se suffisant à elles seules... Ce jusqu’au jour où un éminent et estimé visiteur entend la voix de Jonah, neuf ans, et les exhorte à chercher pour lui une école de musique. Les portes du monde extérieur s’ouvrent alors pour ces enfants, qui se retrouvent brutalement confrontés à une réalité violente à laquelle ils n’étaient pas préparés : le racisme, les luttes pour les droits civiques, les émeutes. Chacun, dès lors, va devoir se frayer son propre chemin... Centrés sur les questions de l’origine et de l’identité, ce roman nous convie à une fascinante exploration de notre rapport au temps, au rythme d’une succession de variations sur les thèmes du mouvement, de l’instant et du recommencement. L’émotion nous étreint dès les premières pages : c’est tout autant l’histoire que la façon de la conter qui font de cette lecture une expérience intense, marquante. Une écoute plutôt qu’une lecture : la puissance évocatrice de Richard Powers est telle qu’il réussit à nous faire entendre la voix de Jonah « s’élevant tel un crocus poussé dans la nuit sur un gazon encore frappé par l’hiver ». Et lorsqu’on referme ce livre, c’est comme un disque qui soudain s’arrête, après l’avoir écouté à plein volume. Le temps où nous chantions a été élu meilleur livre de l’année en 2003 par le New-York Times, le National Book Circle et le Washington Post. Florence LORRAIN Publié le 6 février 2006
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