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Nous sommes à la toute fin du XIXième siècle. La statue de la Liberté se trouve depuis peu dans le port d’Ellis Island, c’est elle que les émigrants voient en premier : déjà un mythe, symbole de l’Eldorado, de tous les possibles. De l’autre côté de l’Océan, sur le sol de la vieille Angleterre, quelque part dans une campagne boueuse perdue dans des brouillards blafards, Emily Pearl, fille de paysans, reçoit régulièrement des lettres de sa soeur Virginia qui a eu le courage de partir et a recommencé sa vie en Amérique. Obsédée par le désir de fuir sa condition en rejoignant sa soeur, Emily est cependant paralysée dés qu’il s’agit de prendre une décision. Engagée depuis peu comme gouvernante par un aristocrate veuf, Lord Auskin, pour s’occuper de son fils Terence, Emily voit dans cette nouvelle situation une autre façon d’atteindre l’émancipation à laquelle elle aspire. Un espoir qui devient vite désespérance : sa relation avec Lord Auskin s’est transformée en passion brûlante, mais lorsque les amants se quittent, chacun retrouve son rang social. Et le piège se referme lorsque Emily doit se soumettre à la décision de ses parents de la marier à un homme de son rang, le fils du vacher. Un mariage approuvé par Lord Auskin, qui de son côté, se remarie avec Lady Anne, laquelle, bien qu’aristocrate, n’a pas non plus la liberté de vivre comme elle l’entend et se sert elle aussi du mariage pour sauver les apparences. « Ne les laisse pas décider pour toi », lui écrit Virginia qui, elle, a fait un mariage d’amour et se bat aux côtés de son mari pour l’intégration des Noirs dans la société depuis l’abolition de l’esclavage. Tandis que Virginia raconte sa vie de femme libre, engagée et heureuse, Emily se laisse envahir par une gigantesque frustration, une haine de soi et des autres qui la poussent à vivre dans le mensonge et semer la zizanie au sein du manoir par le biais de son journal : seul moyen pour elle de se sentir exister, un jeu où elle s’invente une vie de personnage de roman... Un journal devenant le roman des vies d’Emily Pearl, au sein duquel s’enchevêtrent lettres de Virginia, dialogues, mensonges et récits intimes, tout au long duquel Cécile Ladjali décrit parallèlement le destin d’une femme libre maîtresse de sa vie dans une Amérique qui bouge et celui d’une autre qui subit la sienne dans une Angleterre immobile car ployant sous le poids des contraintes sociales. Il s’agit là du quatrième roman de Cécile Ladjali, un roman remarquablement construit, à la fin inattendue, qui confirme un grand talent de conteuse. Florence LORRAIN Publié le 22 juillet 2008
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