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Matantemma
Michel PICARD

176 pages
Buchet-Chastel
15 €

L’histoire se passe aujourd’hui, dans une petite ville des Ardennes, région sinistrée par la fermeture des usines et des magasins : Matantemma et Mononclandré – respectivement blanchisseuse et contremaître – se retrouvent brutalement en retraite anticipée. Une autre vie commence, à un nouveau rythme. Tandis que Mononclandré s’adonne le matin au bricolage et s’initie l’après-midi à l’ordinateur, Matantemma se consacre au ménage, occupation qui va vite devenir une obsession, véritable entreprise conjuratoire à l’angoisse, un rituel contrôlé par le fantôme de sa mère. L’après-midi est le temps des idées noires, alors Matantemma se concentre sur le tricot, dans sa cuisine, bercée par « le silence fibreux et doux murmuré par le bourdonnement du réfrigérateur. »

Jovial et débonnaire, Mononclandré s’accomode de cette retraite, il s’adapte, « dormant bien et beaucoup, opposant le soir un ronflement serein, viril et guilleret à la petite toux nerveuse de sa femme ». Il ne la comprend pas toujours, elle, toujours active, « comme s’il lui fallait racheter sans fin quelque faute inconnue ».Mais cela ne les empêche pas d’être soudés l’un à l’autre, de vivre vraiment ensemble, allant jusqu’à installer plusieurs téléphones dans la maison pour communiquer lorsqu’ils ne sont pas dans la même pièce. Ces deux êtres, emplis de sollicitude et de tendresse l’un pour l’autre, ne font plus qu’un à présent qu’ils vivent en retrait d’un monde moderne qui les dépasse et dans lequel ils ne s’immergent que le temps de faire leurs courses au supermarché.

Oscillant entre émotion et humour, Michel Picard a peint le portrait de ce couple avec une grande sensibilité et un sens du détail minutieux, dans un style vivant qui nous pousse à lire le roman d’une traite, avec la sensation très étrange que Mononclandré et Matantemma existent réellement quelque part, dans les Ardennes ou ailleurs.

Florence LORRAIN

Publié le 10 septembre 2007