Oreille rouge
Eric Chevillard
158 pages
Ed. de Minuit - Coll. double
6,50 €
« Oreille rouge » c’est le nom qu’ils lui donnent. Les Africains du Mali.
Lui, c’est l’écrivain français, le petit veinard qui a obtenu une bourse d’écriture. Sauf qu’il n’est pas si veinard que ça : pour toucher la bourse il lui faut aller au Mali qui, comme chacun le sait bien, cumule le grave handicap d’être en Afrique, et le gros défaut d’être rempli de Maliens. L’avantage de ces contrariétés, c’est qu’elles rendent plus authentique et plus héroïque celui qui se risque au cœur de la brousse. En avant donc pour le grand poème de l’Afrique !!
Eric Chevillard nous donne à lire ici un talentueux et drolatique portrait d’un écrivain de genre : le baroudeur buriné, celui qui sent « battre le cœur de l’Afrique » qui , les yeux dans le lointain, a toujours sous la main un proverbe « des hauts plateaux » pour vous mettre de la Sagesse plein la vue. Et qu’importe si l’Afrique, naturellement « mystérieuse et envoûtante », résiste : car elle n’est rien comparée à la grandeur des sentiments et à l’exaltation aventurière de notre « écrivain du vécu » (même le moustique, nouveau roi de la savane, sera incapable d’affaiblir l’ardeur littéraire de celui qu’il convient d’appeler par son nouveau nom : l’Africain blanc).
Un récit de voyage sans voyage, sans voyageur, ni même de destination, mais le roman bien réel d’une certaine représentation de l’Exotique. De quoi rougir, en effet.
Quentin SCHOËVAËRT-BROSSAULT
Publié le 7 janvier 2008