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On apprend dans le prologue que tout est parti d’une photo retrouvée par l’auteur, représentant un garde-chasse de sa famille, déséquilibré par un chien noir tout en muscles dressé sur ses pattes arrières. François Vallejo est issu, pour une partie de sa famille, de membres qui étaient au service de nobles et de grands bourgeois (XVIIIème et XIXème siècles) : « Vous vous dites : c’est curieux que trois ou quatre générations aient tenu à conserver une photo si manifestement ratée »... Cette photo va devenir ainsi le vecteur de cette histoire : un huis-clos, en terre des Chouans, au XIXème siècle, entre un noble acquis aux idées républicaines, obsédé par Victor Hugo, et son garde-chasse, solidement ancré dans une servitude de principes qu’aucune révolution n’a ébranlée. Lambert est entré au service du chateau à l’époque du vieux baron de l’Aubépine de Perrières (un meneur de Chouans depuis la Révolution jusqu’aux dernières chouanneries du maine de 1831). Maître d’une meute d’une vingtaine de chiens qu’il a lui-même dressés, père d’une petite fille, Magdeleine, huit ans au début du roman, et bientôt d’un garçon (sa femme est enceinte), il décide de rester au chateau à la mort du baron pour se mettre au service de son unique héritier (dont on sait seulement qu’il a fui le domaine quinze ans plus tôt, après avoir été humilié tout au long de son adolescence par son père et marié de force "pour le nom" à une cousine du troisième degré, morte trois trois mois plus tôt). Le comportement de ce nouveau maître est étrange et déconcertant ; les chiens lui font peur. « Peureux peut-être, mais il a aussi son caractère, faut se méfier », se dit Lambert. Rien ne prédispose les deux hommes à s’entendre, et pourtant ils vont vivre un huis-clos qui va durer dix ans. Ce, au sein du domaine des Perrières, un immense chateau pourvu d’une mulitude de petites pièces, traversé de corridors sans fin et labyrinthiques, entouré de bois sombres et d’étangs marécageux, de landes et de brouillards. Si ce livre était un film, ce serait un Hitchcock : on est happé d’emblée dans une spirale avec une tension montant tout au long, qui ne peut mener, on le sent, qu’à une fin terrible. Mais laquelle ? Jusqu’au bout, la question reste entière... A la fois exploration des rapports sociaux de l’époque et du rapport entre maître et esclave, François Vallejo se situe au-delà du simple domaine historique, de par la force psychologique des deux personnages principaux : d’un côté un homme solide, tout en forces et en certitudes qui va, par la peur, devenir cruel, brutal, et finira par avoir peur de ses propres chiens ; d’un autre, le baron, qui s’est construit dans l’opposition et dans l’excès, un "Sade infantile", en dit François Vallejo. Revenons un instant à Lambert : un personnage récurrent dans l’oeuvre de François Vallejo, Lambert étant l’arrière-petit-fils d’un autre Lambert, au XVIIIème siècle, qui avait accompagné Rousseau, Diderot et Grimm en Italie dans son roman précédent Le voyage des grands hommes (pour lequel il a reçu plusieurs prix littéraires en 2005 : prix Mac Orlan, du Roman du Var, de l’Accadémie du Maine). Son premier roman – tous sont édités chez Viviane Hamy –, Vacarme dans la salle de bal, avait été très remarqué. Il a obtenu le prix "France-Télévisions" en 2001 pour son troisième livre, Madame Angeloso, puis avec le quatrième, Groom, le prix des libraires et le prix "Culture et bibliothèques pour tous" en 2004. Florence LORRAIN Publié le 3 mars 2009
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