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Ce roman a pour origines des conversations entre Bruno Gibert et différents habitants de Genevilliers, Asnières et Nanterre venus à la rencontre de l’auteur, répondant à son projet d’écriture collective d’une pièce de théâtre à voix multiples. Un roman étonnant, parfois déroutant, dans lequel Bruno Gibert s’adresse au lecteur à travers différentes personnes, celles-là même qu’il a rencontrées, à qui il conte le destin, ordinaire ou non, d’autres personnages, certains nommés, d’autres pas : il y a l’histoire d’Odette et de Pierre, où il est question d’amour et de sexualité, la lettre de José M., trente-neuf ans, vivant chez ses parents, qui ne comprend pas pourquoi il ne trouve jamais un emploi qui lui convienne, karim qui "réclame", et aussi cette femme, lisant un magazine people dans la salle d’attente de son médecin, qui, atteinte d’une maladie très grave du cerveau a du tout à réapprendre...– un instant de vie, l’un des moments les plus forts de ce livre. Que peut donc bien signifier "réussir sa vie" ? A sa façon, Bruno Gibert répond à la question avec ce roman, sorte d’anti-manuel de savoir-vivre, un contre-pied ironique à la prolifération de magazines et ouvrages exposant leurs multiples recettes du bonheur dans lesquelles on se perd sitôt que l’on croit s’être trouvé. Un livre qui s’achève en apothéose, avec un condensé de ce que l’homme subit dans notre société – où l’affirmation et la maîtrise de soi parmi, malgré et envers les autres, s’imposent comme la condition sacrée du devoir d’être heureux, de la réussite obligatoire de sa vie : c’est terrassant. Mais si carricatural qu’on en rit : un rire libérateur, porte ouverte à la relativisation, où l’on se retrouve, par soi-même, dans une dimension à notre portée – humble, viable ! Après quoi on retournera en arrière, pour s’arrêter au chapitre 12, point central de ce roman – qui vaudrait d’être ici cité entièrement ; en voici tout de même un aperçu : « Cela vaut la peine que tu réfléchisses un instant à la valeur de la vie humaine, celle que tu ne perçois pas toujours très clairement parce que tu en sous-estimes l’importance. Effectivement, il peut te paraître bizarre de parler d’importance quand tu penses que la terre compte plus de cinq milliards d’habitants (bientôt six) et que ce fait, vu du cosmos, devient presque négligeable. Pourtant. (...) C’est en termes de relativité qu’il faut comprendre la préciosité de la vie : le nombre d’êtres humains qui peuplent la planète est tout à fait minime par rapport aux quantités astronomiques d’animaux et d’insectes qui y foisonnent. Il suffit d’évoquer le grouillement des têtards dans n’importe quelle mare ou un simple nuage de moustiques dans un ciel d’été pour que tu n’en doutes pas. Sache le. L’homme est minoritaire. Regarder s’écouler une foule en heure de pointe, s’effrayer de tout ce public amassé dans un stade ne changera rien aux statistiques. L’homme reste minoritaire comparé à la seule population lombric. (...) L’homme appartient donc à une minorité mais à une minorité privilégiée : à la différence des créatures à poils, à plumes ou à écailles, il est doué d’une capacité de réflexion et d’un libre arbitre qui lui permet d’exercer des choix. Par exemple, concevoir sa vie comme autre chose qu’une simple histoire de satisfaction et de besoin de reproduire l’espèce. L’existence humaine est donc rare à plusieurs titres : face aux autres formes de vie, elle est la seule qui puisse donner à l’individu le choix de la vie qu’il désire mener. Et cette vie devient réellement "précieuse" quand cet individu décide de porter au plus haut point son potentiel humain. » Florence LORRAIN
Publié le 24 octobre 2006
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