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Rosa
Heike Geissler

traduit de l’Allemand par Nicole Taubes, 242 pages.
Albin Michel - "Grandes traductions"
18 €

Ça commence un dimanche dans les rues d’une petite ville de province allemande, Rosa est pressée, elle ne regarde ni à droite ni à gauche, elle ne se retourne pas une seule fois, elle va droit devant elle, déterminée, attraper un train pour Berlin.
À 22 ans, Rosa n’a jamais eu de projet bien établi, encore moins celui de devenir mère. Ce qu’elle est pourtant, depuis quelques jours. Projetée brusquement dans un monde adulte qui la terrifie, qu’elle se sent incapable d’assumer et que de fait, un instinct de survie la pousse à refuser, Rosa vient de tout quitter, abandonnant son bébé à ses proches.

C’est un roman opressant qui démarre au quart de tour, prenant le lecteur à bras le corps pour ne le relâcher — profondément remué qu’à la toute dernière page — spectateur impuissant d’une cavale éperdue, écrit à la vitesse d’une flèche au rythme même des battements de coeur de Rosa et de sa respiration, de plus en plus difficile, hachée.

Envahie dès le début par une foule de sentiments contradictoires qui ne la laissent pas en paix, Rosa ne va cesser de tanguer de l’euphorie à la panique, à la fois mue par la volonté de ne pas faire marche arrière et hantée par le caractère irrémédiable de son geste. Elle résiste bien, pourtant, elle s’auto-exhorte, s’encourage, trouve du travail facilement, elle ne passera pas une nuit dehors, elle s’assume. Mais ses bagages sont décidément trop lourds, et Rosa ne trouvant nul endroit ou les poser, va s’enfoncer peu à peu dans une solitude de plus en plus intenable et, à force de refoulements, frôler la zone dangereuse du déni.... C’est une inconnue, indirectement, qui mettra un terme à cet enfer, sauvant Rosa du néant, la remettant au monde, en quelque sorte...

Ce roman, d’une grande maturité, écrit par une toute jeune fille de 25 ans, fut récompensé par le prix Alfred Döblin ( fondé par Günter Grass) en Allemagne lors de sa parution en 2002.

Florence LORRAIN

 

Publié le 26 juin 2006