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Sophia Petrovna
Lydia Tchoukovskaia

traduit du russe par Sophie Benech, 130 pages
Interférences
15 €

Il y a eu Hans Fallada (Seul dans Berlin) pour décrire le climat kafkaien fondé sur la peur par le régime nazi, il y a Lydia Tchoukovskaia (1907-1996) pour parler de la vie quotidienne dans la Russie soviétique des années trente, également basée sur la peur, la suspicion, l’incompréhension.

Sophia Pétrovna vit à Léningrad. Après la mort de son mari, elle acquiert la profession de dactylographe et obtient un emploi, qui l’enchante, au sein d’une des plus grandes maisons d’édition. Sophia a un fils, Kolia, dont elle est très fière : c’est un bon garçon respectueux, travailleur, qui ne boit pas, dévoué au gouvernement soviétique et au Parti, tellement bon komsomol que sa photo paraît à la Une de la Pravda. Mais un jour, Kolia est arrêté. Pour Sophia, c’est évidemment une erreur : « Dans notre pays, il ne peut rien arriver à un homme honnête ». S’employant à obtenir des nouvelles de son fils, elle découvre un monde qu’elle n’avait pas remarqué jusqu’à présent, à une demi-heure de marche de la maison d’édition : un monde étranger peuplé de femmes attendant elles-aussi des nouvelles d’un proche...

Une écriture simple, sans effet de style : pas d’analyse, pas d’explications, seuls les personnages expriment leur point de vue... C’est un roman écrit sur le vif, sobrement, vaillamment, dans la clandestinité en 1939-40, sur la trace encore fraîche d’événements survenus en 1937 dans la vie de Lydia Tchoukovskaia. Publié en russe à Paris (il ne paraîtra en Russie qu’à la fin des années quatre-vingt), il bénéficia d’une première traduction en français en 1975 (sous le titre "La Maison déserte", ed. Calmann-Lévy). Epuisé depuis longtemps, Sophie Benech nous permet de le découvrir dans cette superbe nouvelle traduction.

Florence LORRAIN

Publié le 19 juin 2007