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Tokyo ville occupée
David Peace

Traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias, 342 pages
Rivages/Thriller
22 euros

Dans la ville occupée, Tokyo, en 1948, un homme tue 12 employés d’une banque à l’heure de la fermeture et s’enfuit avec son butin. Il les a empoisonnés avec du cyanure. Une chasse à l’homme sans précédent est lancée dans la ville.

A partir de cette affaire criminelle réelle, David Peace dans une structure narrative en 12 chapitres et 12 points de vue, à la manière du Rashomon de Kurusawa dit l’indicible, convoque les esprits, en appelle à la justice, remue la boue et les cendres de l’après-guerre du Japon.

David Peace et James Ellroy ont en commun d’être publiés par le même éditeur français (Rivages et donc François Guérif), ils partagent aussi le goût des tueurs en série, des constructions polyphoniques mais plus que cela ils révèlent une réalité sociale, politique de leur pays, ils transcendent le genre « Polar » pour l’élever à une littérature qui bouleverse les formes, qui s’immisce dans le réel, qui gratte aux entournures.

Peace, dans ses précédents romans, a raconté l’Angleterre de Thatcher, les mineurs en grève, le foot et maintenant le Japon où il a vécu ces dernières années, le Japon d’après guerre, ruiné, détruit, humilié et occupé. Peace comme Ellroy encore dont il revendique l’influence pousse la narration dans tous ses retranchements : voix multiples, discours intérieurs qui se superposent aux dialogues, monologues psalmodiés, répétitions de phrases, de paragraphes, écriture de la même scène sous plusieurs angles. Ce style virtuose reste cependant au service de l’histoire, entraînant toujours plus profond le lecteur, tout proche de la vérité de l’âme humaine, tout en bas, là où il fait noir.

Jérôme Dayre

Lire un extrait du livre / La critique de Claro

Publié le 8 septembre 2010