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Il est aisé dans le monde de vivre selon l’opinion du monde ; et il est aisé dans la solitude de vivre selon sa propre opinion ; mais le grand homme est celui qui au beau milieu de la foule conserve avec une parfaite douceur l’indépendance de la solitude. On trouve ces quelques mots d’Emerson soigneusement recopiés dans l’un des carnets de Martin Dean, personnage principal du roman, dont le but suprême est de devenir ce type d’homme... Mais quel travail pour atteindre un tel état ! Car Martin, dont l’activité cérébrale ne cesse jamais, est un homme d’une complexité remarquable : compliquant tout à outrance au point de ne plus y voir clair en rien, il passe son temps à se débattre avec d’innombrables "moi" intérieurs et est obnubilé par la mort. Et voilà que cet homme s’est retrouvé très jeune affublé d’un fils, Jasper, dont il ne voulait pas, mais avec lequel il a bien fallu faire... Ce dernier, narrateur de ce roman, va donc grandir avec un père asocial, négatif, farfelu, solitaire et misanthrope, qui lui en fait voir de toutes les couleurs et l’entraîne dans sa vie chaotique. Jasper va apprendre, seul, tout en cherchant à comprendre son père, à ne pas pénétrer son univers mental de peur que celui-ci se referme sur lui, et donc créer ses propres défenses, sans vraiment savoir s’il faut le plaindre, l’ignorer, l’adorer, le juger ou l’assassiner. Se rebeller contre un père lui-même rebelle à tout n’est évidemment pas chose aisée, surtout si comme son propre père on n’aime pas particulièrement cette société que celui-ci rejette... Steve Toltz est australien. Il a trente-six ans. C’est après avoir pas mal bourlingué dans le monde et exercé les métiers les plus divers qu’il s’est attelé à l’écriture de ce premier roman, avec lequel il a manqué de peu le "Booker Prize 2008". Un roman où le loufoque côtoie la philosophie, sorte de polar absurde qui devient au fil des pages un récit d’aventures empli de périples rocambolesques et de rebondissements complètement inattendus, avec des personnages secondaires comme on en rencontre rarement dans les romans, avec une vraie dimension, occupant une vraie place dans cette histoire. Quant au style, parler de dynamite verbale est peu dire ! Florence LORRAIN Publié le 13 juin 2009
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