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C’est la lecture de l’essai remarquable d’Isabel Fonseca sur les Tziganes d’Europe Centrale (Enterrez-moi debout, ed. Albin Michel) qui est à l’origine de ce roman, et plus particulièrement la photo d’une poètesse tzigane polonaise : Née en 1910 dans une famille de nomades harpistes, Bronislawa Wajs, dite "Papusza", apprit à lire et écrire en cachette lors des haltes hivernales, puis, après avoir commencé à chanter trè s tôt, composa des ballades en puisant dans la grande tradition tzigane du récit improvisé. Elle fut aimée et célèbrée pour son talent, jusqu’au jour où ses poèmes furent publiés dans une revue par un poète polonais. Papusza avait abandonné la vie nomade bien avant la mise en application d’un programme de sédentarisation des Tziganes imposée par le gouvernement dans les années cinquante. Or, on se servit malgré elle de la publication de ses poèmes pour en faire un exemple d’assimilation réussie, justifiant le bien fondé de ce programme appelé "La Grande Halte". La loi tzigane fut inflexible : rien de la culture rom ne devait être figée sur du papier. Papusza fut jugée pour avoir bravé l’interdit en écrivant ses poèmes et pour avoir trahi son peuple en collaborant avec des "Gadjé". Elle fut exclue, bannie à vie, elle mourut trente ans plus tard dans l’oubli total ; « Evitée par les membres de sa propre génération, elle fut inconnue de la suivante ». Après quatre ans de recherches et de rencontres précieuses, entre autres celles de Tziganes slovaques auprès de qui il vécut plusieurs mois, Colum McCann a réussi à reconstituer leur univers, sans jamais tomber dans le sentimentalisme bien pensant, loin de tous ces fantasmes qui ont contribué à toutes sortes de mythes et de légende sur l’histoire de ce peuple qui est l’une des plus méconnues de l’histoire européenne : ainsi, la traversée de plus en plus pénible du XXème Siècle, que le fascisme, puis le communisme et aujourd’hui le postcommunisme, ont transformé en lent naufrage. C’est ce que Colum McCann décrit, de même que la culture, les coutumes, traditions et lois, ce à travers le destin de Zoli Novotna, personnage créé à partir du peu d’éléments connus de la vie de Papusza. « La fiction ne peut être insulaire, elle nous pousse à regarder hors de nous et à embrasser les autres », disait-il dans un récent interview. Et lire ses romans devient pour nous, lecteurs, un tremplin pour ne cesser de nous ouvrir aux différences, en être curieux et tenter de les comprendre, sans juger. Zoli en est l’exemple parfait. Florence LORRAIN Publié le 14 septembre 2007
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